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La prune : le fruit qui a gagné sa place

La prune : le fruit qui a gagné sa place
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La prune : le fruit qui a gagné sa place

Longtemps marginale, la prune a conquis le cœur des consommateurs grâce à des producteurs et toute une filière qui ont su se remettre en cause et faire preuve d’imagination. Pour le meilleur.

 

Depuis le début des années 2000, les producteurs de prunes ont mené une révolution discrète, mais ô combien efficace, pour diversifier et améliorer leur offre. Comme l’explique Jérôme Capel, installé dans le Tarn-et-Garonne, département où sont cultivées les deux tiers des prunes françaises, il fallait « déflorer l’image un peu vieillotte du rayon ». À 40 ans, Jérôme représente la quatrième génération à diriger une exploitation dédiée principalement aux prunes à Cazes-Mondenard, créée en 1912 et transmise depuis de père en fils. Lui a pris la suite de son père en 2014. Pendant longtemps, la reineclaude, fort goûteuse, régnait sans conteste sur les vergers. Oui mais voilà, l’offre était restreinte tant dans la durée de vente que dans l’offre de variétés. La prune était un peu le parent pauvre des fruits à noyaux. « On a voulu la décomplexer », explique Jérôme qui copréside l’Association des organisations des producteurs nationaux de prunes (AOPN), reconnue par l’État pour représenter la filière prune.

 

 

Échanges entre Jean-Michel Lassabe (à droite), qui commercialise les fruits et Jérôme Capel qui les produit : ils évaluent la qualité de chaque fruit, avant de lancer la récolte.

Précurseur dès le début des années 2000

 

Producteurs, pépiniéristes et distributeurs ont commencé à réagir, avec deux objectifs : progresser sur la période de commercialisation, et en termes de variétés, de goût et d’arômes. Ils sont allés en Californie, en Espagne, en Afrique du Sud, à la recherche de nouvelles variétés (il en existe plus de deux mille dans le monde) compatibles avec les terres et le climat hexagonal. « Mon père a fait partie des précurseurs, dès le début des années 2000, en testant ces variétés que nous ne connaissions pas », explique Jérôme. Dans la continuation du travail paternel, il a agrandi les parcelles de son exploitation consacrées aux prunes de 15 à 40 hectares, où se développent une dizaine de variétés, sans jamais avoir arrêté la reine-claude.

Mais attention, ce travail ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Jean-Michel Lassabe est le gérant d’Apifood depuis 1997. Son entreprise commercialise la production d’une cinquantaine de producteurs et est en pointe sur la diversification des variétés : « Quand on importe une nouvelle espèce, on la greffe pour qu’elle se développe deux ans, puis on attend trois ans pour évaluer le gustatif, le potentiel de production, voir si la peau n’est pas trop fragile et ne se tache pas… Ensuite, on lance la production sur plusieurs milliers de plants. En tout, c’est un travail de huit ou dix ans ! Et, en plus, il faut tenir compte des évolutions climatiques. Il y a forcément des échecs ! » Apifood en fournit à Grand Frais huit variétés plus les reines-claudes.

 

 

Séduire les jeunes, changer d’image

 

« Avant, nous ne pouvions proposer des prunes qu’en juillet et août, aujourd’hui l’offre s’étend jusqu’à fin octobre », explique Jérôme. Diversité et longévité n’ont qu’un seul objectif : la satisfaction du consommateur. Et cette stratégie porte ses fruits : « La prune, il lui collait à la peau que c’était un produit consommé par les seniors ! Aujourd’hui, nos prunes jaunes, vertes, rouges, avec des arômes et des goûts qui séduisent les jeunes, nous permettent de changer d’image. »

Avant, la prune était juste un achat d’impulsion, de coup de coeur, « pas sur la liste des courses, précise Jérôme. Depuis vingt ans, étape par étape, nous avons des statistiques qui montrent que l’image de notre produit a changé. Nous offrons des beaux et bons fruits, à consommer crus, à cuisiner ou en pâtisserie, accessibles à des prix très raisonnables », observe Jérôme.

En plus, les débouchés ne peuvent que s’accroître : la France est le pays d’Europe où l’on consomme le moins de prunes.

« Tous nos pays voisins en dégustent entre une et demie et deux fois plus que nous, nous avons donc encore une marge de progression », dit Jérôme. Tous les espoirs sont permis : peu de filières ont accepté d’évoluer autant en moins de trente ans. »

 

Quatre heures après leur récolte, les prunes sont transportées en salle de conditionnement, puis livrées au plus vite chez Grand Frais. La qualité est là quand le produit a gardé toute sa fraîcheur.

 

 

UN PEU D’HISTOIRE

« Travailler pour des prunes »

Selon la plupart des historiens, cette expression qui signifie « travailler pour rien ou presque », daterait du XIIe siècle. Les Européens – dont les Français – organisent alors la deuxième croisade (1147-1149) pour défendre Jérusalem. L’expédition a été un fiasco militaire total. Mais les croisés ont rapporté des pruniers de Damas, un fruit jusque-là inconnu en France. Piètre « victoire » pour ceux qui voulaient conquérir les Lieux saints, d’où l’expression, toute en dérision,

« faire la guerre pour des prunes » qui s’est étendue ensuite à « travailler pour des prunes ».

 

Longtemps marginale, la prune a conquis le cœur des consommateurs grâce à des producteurs et toute une filière qui ont su se remettre en cause et faire preuve d’imagination. Pour le meilleur.

 

Depuis le début des années 2000, les producteurs de prunes ont mené une révolution discrète, mais ô combien efficace, pour diversifier et améliorer leur offre. Comme l’explique Jérôme Capel, installé dans le Tarn-et-Garonne, département où sont cultivées les deux tiers des prunes françaises, il fallait « déflorer l’image un peu vieillotte du rayon ». À 40 ans, Jérôme représente la quatrième génération à diriger une exploitation dédiée principalement aux prunes à Cazes-Mondenard, créée en 1912 et transmise depuis de père en fils. Lui a pris la suite de son père en 2014. Pendant longtemps, la reineclaude, fort goûteuse, régnait sans conteste sur les vergers. Oui mais voilà, l’offre était restreinte tant dans la durée de vente que dans l’offre de variétés. La prune était un peu le parent pauvre des fruits à noyaux. « On a voulu la décomplexer », explique Jérôme qui copréside l’Association des organisations des producteurs nationaux de prunes (AOPN), reconnue par l’État pour représenter la filière prune.

 

 

Échanges entre Jean-Michel Lassabe (à droite), qui commercialise les fruits et Jérôme Capel qui les produit : ils évaluent la qualité de chaque fruit, avant de lancer la récolte.

Précurseur dès le début des années 2000

 

Producteurs, pépiniéristes et distributeurs ont commencé à réagir, avec deux objectifs : progresser sur la période de commercialisation, et en termes de variétés, de goût et d’arômes. Ils sont allés en Californie, en Espagne, en Afrique du Sud, à la recherche de nouvelles variétés (il en existe plus de deux mille dans le monde) compatibles avec les terres et le climat hexagonal. « Mon père a fait partie des précurseurs, dès le début des années 2000, en testant ces variétés que nous ne connaissions pas », explique Jérôme. Dans la continuation du travail paternel, il a agrandi les parcelles de son exploitation consacrées aux prunes de 15 à 40 hectares, où se développent une dizaine de variétés, sans jamais avoir arrêté la reine-claude.

Mais attention, ce travail ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Jean-Michel Lassabe est le gérant d’Apifood depuis 1997. Son entreprise commercialise la production d’une cinquantaine de producteurs et est en pointe sur la diversification des variétés : « Quand on importe une nouvelle espèce, on la greffe pour qu’elle se développe deux ans, puis on attend trois ans pour évaluer le gustatif, le potentiel de production, voir si la peau n’est pas trop fragile et ne se tache pas… Ensuite, on lance la production sur plusieurs milliers de plants. En tout, c’est un travail de huit ou dix ans ! Et, en plus, il faut tenir compte des évolutions climatiques. Il y a forcément des échecs ! » Apifood en fournit à Grand Frais huit variétés plus les reines-claudes.

 

 

Séduire les jeunes, changer d’image

 

« Avant, nous ne pouvions proposer des prunes qu’en juillet et août, aujourd’hui l’offre s’étend jusqu’à fin octobre », explique Jérôme. Diversité et longévité n’ont qu’un seul objectif : la satisfaction du consommateur. Et cette stratégie porte ses fruits : « La prune, il lui collait à la peau que c’était un produit consommé par les seniors ! Aujourd’hui, nos prunes jaunes, vertes, rouges, avec des arômes et des goûts qui séduisent les jeunes, nous permettent de changer d’image. »

Avant, la prune était juste un achat d’impulsion, de coup de coeur, « pas sur la liste des courses, précise Jérôme. Depuis vingt ans, étape par étape, nous avons des statistiques qui montrent que l’image de notre produit a changé. Nous offrons des beaux et bons fruits, à consommer crus, à cuisiner ou en pâtisserie, accessibles à des prix très raisonnables », observe Jérôme.

En plus, les débouchés ne peuvent que s’accroître : la France est le pays d’Europe où l’on consomme le moins de prunes.

« Tous nos pays voisins en dégustent entre une et demie et deux fois plus que nous, nous avons donc encore une marge de progression », dit Jérôme. Tous les espoirs sont permis : peu de filières ont accepté d’évoluer autant en moins de trente ans. »

 

Quatre heures après leur récolte, les prunes sont transportées en salle de conditionnement, puis livrées au plus vite chez Grand Frais. La qualité est là quand le produit a gardé toute sa fraîcheur.

 

 

UN PEU D’HISTOIRE

« Travailler pour des prunes »

Selon la plupart des historiens, cette expression qui signifie « travailler pour rien ou presque », daterait du XIIe siècle. Les Européens – dont les Français – organisent alors la deuxième croisade (1147-1149) pour défendre Jérusalem. L’expédition a été un fiasco militaire total. Mais les croisés ont rapporté des pruniers de Damas, un fruit jusque-là inconnu en France. Piètre « victoire » pour ceux qui voulaient conquérir les Lieux saints, d’où l’expression, toute en dérision,

« faire la guerre pour des prunes » qui s’est étendue ensuite à « travailler pour des prunes ».